Un blog sur les blogs
Qu’est-ce qu’un blog ? Quel est le rôle de cet objet éditorial numérique dans le domaine de l’information et des données ? Projet expérimental dans le cadre du cours “Économie de l’information et des données” du Master Métiers du livre et de l’édition. CC BY-NC-SA Antoine Fauchié 2026.
Attention les textes qui suivent sont classées comme dans un blog, le plus récent d’abord.
Déclaration
Ce travail a été réalisé sans utilisation d’outils dits d’intelligence artificielle comme des agents conversationnels (tous domaines confondus), que ce soit pour les recherches d’information ou de matériel, pour la constitution d’une base de références ou pour la rédaction. Ce travail a bénéficié de plusieurs années d’observation et de pratique du blog (ou carnet), principalement entre 2010 et 2020. Questions et réactions : antoine.fauchie@univ-grenoble-alpes.fr.
Fonctionnement et mise en réseau des blogs
Antoine — 2026-01-19
Quels sont les mécanismes d’un blog et en quoi diffèrent-ils d’autres dispositifs informationnels ?
Un blog est un objet éditorial en constante écriture qui nécessite un dispositif technique particulier. Il est en effet nécessaire de pouvoir créer, éditer, modifier et publier facilement des contenus, principalement textuels. Avec les blogs viennent des outils spécifiques, et principalement des CMS pour Content Management System, ou Système de gestion de contenu en français. Ces CMS sont divers par leurs fonctionnalités, leur licence (propriétaire, open source, libre) ou leur mode d’utilisation : logiciel à installer sur un serveur, plateforme sur laquelle il est possible de créer un blog puis des billets, etc. Enfin, les blogs utilisent plusieurs techniques pour permettre des liens entre eux et ainsi faire réseau : commentaires, blogroll, ping, web mention, etc.
La structure sémantique d’un blog est relativement minimale, il est cependant intéressant de la détailler pour bien comprendre son succès. Voici ci-dessous un schéma donnant à voir les éléments les plus récurrents sur un billet de blog, et de façon plus générale sur un blog.
Plusieurs des éléments sur ce schéma doivent être explicités :
- les blogs intègrent des fonctions taxonomiques : attribution d’une catégorie par billet pour permettre l’accès à tous les billets d’une même catégorie sur une page dédiée, et attribution d’un ou plusieurs tags (mots-clés en français) pour faciliter l’identification du sujet et permettre un accès à tous les billets d’un même tag ;
- les blogs ont introduit la fonctionnalité de la syndication avec comme implémentation le flux RSS (pour Really Simple Syndication en anglais) : il est possible de s’abonner à des blogs et de recevoir les dernières mises à jour via un lecteur de flux RSS ;
- les commentaires prennent une place importante, sans pour autant être obligatoires : ils constituent la dimension sociale des blogs, et constituent une des briques du réseau via les liens des profils des personnes qui commentent ;
- les pings ou les rétroliens sont utilisés sur certains blogs : il s’agit du signalement des mentions du billet concerné par d’autres blogs – donc combien de liens pointent sur ce billet. Les web mentions en sont la version ouverte et interopérable ;
- les “blogrolls” sont des listes d’autres blogs : ces listes permettent aux auteurs et aux autrices des blogs d’afficher dans quel(s) réseau(x) ils et elles s’inscrivent.
Pour intégrer toutes ces fonctionnalités il est nécessaire de disposer d’un outil adéquate, et c’est là un enjeu majeur dans la construction d’un réseau d’information et de données, et dans la constitution du paysage de la blogosphère. Je ne peux pas faire l’historique de ces logiciels, mais je peux pointer quelques tendances importantes :
- la plateforme Blogger a joué un rôle important dans la facilité de création d’un blog, et dans la mise en réseau via quelques fonctionnalités phares et le fait de disposer d’un profil ;
- WordPress est apparu en 2003 : il s’agit autant d’une plateforme qui permet de créer et de gérer son blog que d’un logiciel que l’on peut installer sur un serveur (sans dépendre des limitations imputées par la plateforme wordpress.com). On estime que WordPress est le logiciel le plus utilisé pour créer et administrer des sites web (donc plus large que les blogs) ;
- plusieurs autres plateformes et logiciels concurrents émergent dans les années 2000 et 2010, comme SPIP, Drupal, Ghost, DotClear, etc. ;
- un mouvement apparaît à partir du milieu des années 2010 : la mouvance statique parfois formalisée en JAMStack (pour JavaScript, API and Markup), introduisant une distinction entre la production des contenus (les différentes pages web et billets, y compris les pages d’index référençant la liste des billets de blog) et l’accès à ces contenus. Les générateurs de site statique permettent presque un retour en arrière, prônant une forme de frugalité avec des arguments de performance (des pages web plus légères et donc plus rapides à afficher) et de sécurité (plus de base de données côté serveur qui impliquait parfois des brèches utilisées par des pirates).
Les blogs sont connectés entre eux, via différents dispositifs techniques présentés ci-dessus, et forment un réseau grâce à une infrastructure matérielle, des protocoles, des standards et des communautés. Même si leur nombre a fortement diminué avec l’apparition des réseaux sociaux, les blogs restent un réseau vivant, avec l’apparition ou la disparition régulière de nouveaux blogs, et une vie économique (marchande et non-marchande).
Les blogs sont symptomatiques d’un phénomène que l’on peut observer dans le domaine de la technique ou de l’étude des médias : les conditions d’implémentation de différentes fonctions émergent des usages. Comme d’autres technologies de l’information et des données, les blogs sont autant des objets techniques qui intègrent des fonctions antérieures à leur usage, que des dispositifs qui créent des fonctions et la façon dont elles sont formalisées – comme le ping qui permet de connaître les rétroliens (les liens hypertextes qui pointent vers un billet de blog). Cette réflexivité technique est intéressante, car elle démontre, comme dans d’autres domaines, que les questions techniques sont imbriquées dans les usages et les enjeux économiques.
Frank Taillandier (un développeur web et blogueur qui a notamment contribué à la mouvance statique, décédé en 2021) a déclaré en 2016 :
WordPress est la photocopieuse du web.