Un blog sur les blogs
Qu’est-ce qu’un blog ? Quel est le rôle de cet objet éditorial numérique dans le domaine de l’information et des données ? Projet expérimental dans le cadre du cours “Économie de l’information et des données” du Master Métiers du livre et de l’édition. CC BY-NC-SA Antoine Fauchié 2026.
Attention les textes qui suivent sont classées comme dans un blog, le plus récent d’abord.
Déclaration
Ce travail a été réalisé sans utilisation d’outils dits d’intelligence artificielle comme des agents conversationnels (tous domaines confondus), que ce soit pour les recherches d’information ou de matériel, pour la constitution d’une base de références ou pour la rédaction. Ce travail a bénéficié de plusieurs années d’observation et de pratique du blog (ou carnet), principalement entre 2010 et 2020. Questions et réactions : antoine.fauchie@univ-grenoble-alpes.fr.
Le blog comme perspective autonomiste (économique et technique)
Antoine — 2026-02-06
Quel est l’apport principal du blog dans la société de l’information d’aujourd’hui ?
Le blog consiste désormais en un îlot qui permet d’échapper aux logiques algorithmiques propres à la majorité des réseaux sociaux ou des plateformes. Le blog a d’abord été un moyen de s’exprimer d’un point de vue individuel et de constituer des communautés actives (thématiques, militantes, fédérées, alternatives, plurielles), au début du web. Cet outil et cet espace de publication a eu et a encore une influence importante sur le domaine de l’information en général, notamment en permettant l’émergence de sujets/thématiques parfois non traités par les médias classiques via la voie d’expert·e·s, de spécialistes ou de passionné·e·s. Le blog est aussi un espace de controverses, la liberté d’expression pouvant amener à des contre-vérités et à la fabrication de fausses informations démultipliées avec l’effet de réseau. En créant un blog, il est toutefois possible d’expérimenter une chaîne d’information complète, depuis la création de contenus à la diffusion d’information en passant par des phases de production et de distribution.
Je l’ai déjà dit, les blogs apparaissent d’abord via des initiatives personnelles relativement désintéressées, et ne cherchent pas un profit ou même une rentabilité. En d’autres termes, et contrairement à d’autres dispositifs informationnels ou médiatiques, le coût de production de l’information des blogs ne s’inscrit pas forcément dans un modèle économique. Nous pouvons prendre comme exemple le développement d’une communauté littéraire qui a investi ce dispositif éditorial pour repenser la façon d’écrire et de publier, dont la revue Itinéraires s’est fait l’écho en 2010 : Les blogs : Écritures d’un nouveau genre ?.
Le blog conduit à une double pratique d’autonomisation technique dans le champ de la production et de la diffusion de l’information sur le web : d’abord via la compréhension de ce contexte (enjeux, mécanismes, contraintes techniques, réseaux, protocoles, etc.), et ensuite via la maîtrise des dispositifs techniques nécessaires (codes et normes rédactionnelles, logiciels, stratégies de diffusion, etc.). Pour le dire autrement, à partir du moment où une personne ouvre un blog et y publie régulièrement des billets, elle acquière toute une panoplie de méthodes et de techniques, a priori sans disposer d’une formation dédiée à cela. Mieux, en apprenant à publier, cette personne va développer une tendance à apprendre de nouvelles tâches éditoriales qu’elle ne maîtrisait pas avant. Ces différentes maîtrises peuvent par ailleurs être réemployées dans d’autres domaines, comme ça été le cas pour une part de la blogosphère qui a déplacé ses usages des blogs vers les réseaux sociaux, accompagnant aussi leur développement.
À cette double autonomisation s’ajoute une forme d’indépendance économique : d’une part les blogs sont ouverts avec peu de moyens – en raison de l’infrastructure minimale nécessaire – et d’autre part la maintenance d’un blog ne présente pas de coûts importants – quand bien même le nombre de billets serait exponentiel, cela n’engendre pas de frais supplémentaires. Une forme de sobriété est alors envisageable, une économie financière stable ainsi qu’une approche écologique d’un numérique qui est de moins en moins frugal dans sa globalité.
Plusieurs blogueurs ou blogueuses vantent les mérites du blog, contribuant à un web (ou globalement à un numérique) plus ouvert/créatif/bienveillant/fun :
- “The internet used to be* fun” par Rachel : https://projects.kwon.nyc/internet-is-fun/ ;
- “100 (more) things you can do with your personal website” par James : https://jamesg.blog/2024/03/10/100-more-personal-website-ideas.